3 questions à Carmen de Oliveira, Directrice Générale du Groupe HYGECO

11-09-2019

Diplômée d’un BTS de gestion commerciale avec une forte orientation comptabilité, Carmen de Oliveira débute sa carrière professionnelle dans une société italienne spécialisée dans la machine-outil en tant que responsable commerciale. Elle y reste 7 ans, puis rejoint les rangs de Raffault S.H.F en tant que Directrice des Services. Elle prend ensuite la direction de la division Services en février 2011. En avril 2017, suite au rachat de la société par le fond d’investissement Abenex, elle devient Directrice Générale du groupe HYGECO. Interview.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier ? Qu’est-ce qui est le plus difficile ?
Carmen de Oliveira (CDO) : Mon métier au quotidien, au-delà des apparences de mon statut juridique, est très opérationnel. Dans ce cadre, la relation commerciale en BtoB est véritablement ce que je préfère ! Que ce soit avec des indépendants du funéraire, des groupements bien structurés – comme OGF ou FUNECAP – ou des entreprises familiales. Ces dernières sont bien souvent très attachantes !

Sans surprise, le management et les ressources humaines sont ce qu’il y a de plus délicat. En effet, il y a un numerus clausus sur le métier de thanatopracteur et une véritable pénurie sur le marché du travail. Par voie de conséquence, cela inverse le rapport employé-employeur. Or, pour servir au mieux nos clients dans des délais très courts il nous faut suffisamment de ressources sur le terrain. C’est donc un numéro d’équilibriste pour allouer les bonnes ressources au bon endroit au bon moment, mais surtout pour trouver et recruter des thanatopracteurs.

Est-ce que vous pensez qu’en tant que femme votre approche du métier est différente ?
CDO : Je ne me suis jamais posée cette question ! Je ne sais pas si mon approche du métier est différente. Et pour cause, je n’ai pas d’homologue. En effet, HYGECO n’a pas en France de concurrent de taille comparable sur son marché avec lequel je pourrais me comparer. Cela dit, même si depuis 10 ans le métier de thanatopracteur et celui de conseiller funéraire se féminisent de plus en plus, nous évoluons dans un secteur d’activité qui reste très masculin.

Curieusement, j’ai l’impression que j’ai réussi en tant que manager, grâce à mon sens du relationnel et aux personnes que j’ai pu rencontrer lors de mon parcours dans cette entreprise. J’aime le contact humain. J’essaye d’apprendre et d’écouter chaque jour pour mieux avancer et faire progresser cette profession qui se féminise. Mais honnêtement, ce n’est pas différent d’être une femme ou un homme quand on est à la direction générale d’une entreprise.

Avez-vous une anecdote sympathique à nous raconter sur votre carrière au sein d’HYGECO ?
CDO : J’en ai tellement ! C’est un métier si riche. J’ai une expérience qui m’a particulièrement marquée au tout début de ma carrière. Un de nos chauffeurs avait été appelé dans la nuit pour aller chercher un corps. Mais arrivé sur place, les lieux étaient tellement sombres qu’il n’arrivait pas à trouver le défunt. L’électricité avait été coupée, car le décès était survenu depuis bien longtemps et ce sont les voisins, sans doute alertés par l’odeur, qui avaient prévenus les autorités. Notre chauffeur m’a donc téléphoné pour avoir de l’aide et s’assurer que l’adresse était la bonne. Je lui suggère de retourner à son camion pour récupérer une lampe torche. Après une heure de recherche laborieuse, toujours suspendu au téléphone, il se rend compte que le corps est dans un tel état de décomposition qu’il s’est liquéfié et a donc disparu. Notre chauffeur est reparti, la house quasiment vide. Cette expérience a été un véritable choc, car d’une part j’ai réalisé que nous étions les premiers acteur à « rencontrer » les défunts, dans des conditions qui sont parfois extrêmes, où il nous faut bien garder notre sang froid, être très professionnel et respectueux. D’autre part, j’ai pris toute la mesure de l’aspect « cru » de la mort et des conditions sociales qui peuvent l’entourer. Je me suis notamment rendue compte qu’il y a des gens qui peuvent rester des mois et des mois sans que personne ne s’aperçoive qu’ils sont décédés. J’ai perçu à quel point des personnes peuvent être isolées de leurs familles ou même tout simplement de leurs voisins de palier. Cet isolement des personnes âgées à une époque où nous sommes tous hyper connectés m’a beaucoup touché.